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Zavondemstat : un médicament anticancer agit sur une autre cible
Une étude australienne montre que le zavondemstat, testé contre plusieurs cancers, bloquerait surtout l'enzyme DHODH et non la cible prévue. Les enjeux.
Un médicament anticancer en cours d'essai chez des patients agit probablement autrement que ce que les scientifiques pensaient. C'est la conclusion d'une équipe de l'Université de Sydney (Australie), publiée dans la revue Nature Chemical Biology et relayée le 7 octobre 2026. Cela ne remet pas en cause son intérêt, mais change la façon de l'étudier.
Une cible annoncée, une autre découverte
Le zavondemstat est dérivé d'une molécule de laboratoire appelée QC6352. Elle a été conçue pour bloquer les protéines KDM4, des enzymes qui modifient la façon dont les gènes sont lus dans la cellule. Cette cible était la raison d'être du médicament, aujourd'hui testé dans des essais cliniques contre des cancers du côlon, du pancréas et de la prostate.
Les chercheurs, dirigés par la professeure Lenka Munoz, cherchaient à réutiliser la molécule contre le glioblastome, une tumeur du cerveau très agressive. Ils ont constaté que son effet ne passait pas par KDM4. La molécule bloque en réalité surtout la DHODH, une enzyme dont les cellules cancéreuses ont besoin pour fabriquer les « briques » de leur ADN. Sans elles, la cellule ne parvient plus à copier efficacement son matériel génétique et ne peut plus se multiplier au même rythme.
L'équipe a collaboré avec l'Université Goethe de Francfort, l'Université d'Oxford et l'Institut de recherche sur le cancer de Londres. Un résumé présenté en février 2026 à une conférence australienne sur le cancer allait déjà dans le même sens, avec des analyses biochimiques et de structure de la protéine.
Pourquoi c'est important
Se tromper sur le mécanisme d'un médicament n'est pas anodin. Selon la professeure Munoz, cela peut conduire à des essais mal conçus, à une mauvaise sélection des patients et à des années de recherche centrées sur la mauvaise cible. Si un médicament agit en fait sur la DHODH, les patients les plus susceptibles d'en bénéficier ne sont peut-être pas ceux qu'on a choisis au départ.
La découverte ouvre aussi une piste positive : bloquer la DHODH pourrait offrir une nouvelle voie de traitement des cancers du cerveau, selon les auteurs.
Où en est-on ?
Il s'agit d'un résultat de recherche fondamentale, obtenu sur des cellules et des analyses de laboratoire. Le zavondemstat n'est pas autorisé et ses essais cliniques se poursuivent ; ce travail n'indique pas s'il sera efficace chez les patients.
Pour les professionnels de santé, l'enseignement est surtout méthodologique : la compréhension précise de la façon dont un médicament agit, son mécanisme d'action, conditionne le choix des patients, les effets indésirables attendus et les associations possibles avec d'autres traitements. Il faut donc la vérifier, même quand le médicament est déjà entré en essai.