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Science

Tendinopathie d'Achille : les injections à haut volume décevantes

Tendinopathie d'Achille : un essai randomisé du BMJ ne montre aucun bénéfice à 12 mois des injections à haut volume, avec ou sans corticoïde, face à un placebo.

Tendinopathie d'Achille : les injections à haut volume décevantes
BruceBlaus — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le tendon d'Achille relie le mollet au talon. Quand il devient douloureux et raide en son milieu, on parle de tendinopathie d'Achille « médio-tendineuse », un motif fréquent de consultation chez les sportifs comme chez les personnes sédentaires. Pour la soulager, certains praticiens injectent autour du tendon un grand volume de liquide, parfois additionné d'un corticoïde (un anti-inflammatoire puissant). Un essai randomisé publié en ligne le 28 octobre 2026 dans le BMJ vient de tester cette pratique face à une injection factice. Le résultat est sans appel à 12 mois : aucun bénéfice démontré.

L'étude

L'essai, mené dans un seul centre en Australie (Université Monash, Melbourne), a inclus 192 adultes de 18 ans ou plus atteints d'une tendinopathie d'Achille médio-tendineuse, entre décembre 2019 et juillet 2022. Ils ont été répartis au hasard, à parts égales, en trois groupes :

• injection factice (« sham »), de 2 à 3 mL de bupivacaïne à 0,5 % (un anesthésique local), 64 participants ; • injection à haut volume sans corticoïde, 63 participants : 50 mL de sérum salé et de bupivacaïne à 0,5 % ; • injection à haut volume avec corticoïde, 65 participants : même solution avec 25 mg d'hydrocortisone dans les 10 premiers mL.

Tous ont reçu le même programme d'exercices, les mêmes conseils et les mêmes consignes d'adaptation de l'activité. Participants et évaluateurs ignoraient le groupe attribué.

Les résultats

Le critère principal était le score VISA-A, un questionnaire validé de douleur et d'incapacité propre au tendon d'Achille, évalué à 52 semaines. Les données étaient disponibles pour 181 des 192 participants (94 %).

À 12 mois, la différence par rapport à l'injection factice était de -3,5 points (intervalle de confiance à 98,33 % : -12,0 à 5,0) avec corticoïde et de 4,0 points (-4,2 à 12,3) sans corticoïde. Entre les deux types d'injection, la différence était de -7,5 points (-15,3 à 0,3). Aucune de ces différences n'est clairement distincte de zéro.

Aux temps intermédiaires, deux écarts sont apparus. À 6 semaines, l'injection avec corticoïde faisait mieux que l'injection factice (9,2 points ; 1,5 à 16,9). À 26 semaines, en revanche, elle faisait moins bien que l'injection sans corticoïde (-8,6 points ; -16,4 à -0,7).

Les auteurs ont aussi évalué le rapport coût-efficacité, du point de vue de la société. L'injection avec corticoïde revenait moins cher que l'injection factice, pour un gain de qualité de vie similaire (probabilité supérieure à 0,90 d'être coût-efficace aux seuils de 50 000 et 100 000 dollars australiens par année de vie en bonne santé).

La sécurité

Aucun événement indésirable grave lié à l'essai n'a été enregistré.

Les limites

L'essai s'est déroulé dans un seul centre, avec 192 participants : les intervalles de confiance sont larges et ne permettent pas d'exclure un effet modeste. L'étude ne porte que sur une dose et un corticoïde (25 mg d'hydrocortisone). Les auteurs déclarent que l'un d'eux travaille dans une clinique qui propose ces injections et que deux autres les ont recommandées par le passé ; l'essai a été financé par le Conseil national de la santé et de la recherche médicale d'Australie, sans lien financier avec l'industrie. Enfin, l'analyse économique est australienne et ne se transpose pas telle quelle au Maroc.

Ce que cela change pour les pharmaciens

Ces résultats, publiés dans une revue de premier plan, ne soutiennent pas l'usage systématique des injections à haut volume avec corticoïde dans cette indication, selon la conclusion des auteurs. Au comptoir, ils rappellent que le traitement de base reste le programme d'exercices et l'adaptation de l'activité, que les deux groupes injectés et le groupe factice ont tous suivis. Le pharmacien peut aussi inviter un patient qui évoque une injection à en discuter les bénéfices attendus et les limites avec son médecin, sans se substituer à lui.

Il s'agit d'une technique d'injection pratiquée par des médecins, et non d'un nouveau médicament : la question de son autorisation ou de sa disponibilité au Maroc ne se pose donc pas dans les mêmes termes, et nous n'avons trouvé aucune donnée marocaine sur sa pratique.

Sources

La rédaction d'Officinarium.

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