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Innovations et découvertes

Nobel de chimie 2026 : les molécules miroirs des médicaments

Le prix Nobel de chimie 2026 récompense Henri Kagan et Kenso Soai, dont les travaux sur les molécules « miroirs » servent à fabriquer de nombreux médicaments.

Nobel de chimie 2026 : les molécules miroirs des médicaments
Jynto — CC0, via Wikimedia Commons

Le prix Nobel de chimie 2026 a été attribué le 7 octobre à deux chercheurs, le Français Henri B. Kagan (Université Paris-Sud, à Orsay) et le Japonais Kenso Soai (Université des sciences de Tokyo). L'Académie royale des sciences de Suède les récompense « pour la découverte des effets non linéaires et de l'autocatalyse dans la synthèse organique asymétrique ». Le prix s'élève à 12 millions de couronnes suédoises, soit environ 1,2 million de dollars, à partager.

Derrière cet intitulé austère se cache une question qui concerne directement le médicament : la chiralité. Beaucoup de molécules existent sous deux formes qui sont l'image l'une de l'autre dans un miroir, comme une main gauche et une main droite. On les appelle des énantiomères. Elles ont la même composition, mais le corps humain les distingue. L'exemple classique donné par la presse est celui de la carvone : une forme sent la menthe, l'autre le carvi. En pharmacie, une forme peut soigner pendant que l'autre est moins efficace, voire provoque des effets indésirables. C'est pourquoi des médicaments comme l'ésoméprazole ou la lévocétirizine sont des versions « une seule main » de molécules plus anciennes.

Ce que Kagan a découvert

En 1986, Henri Kagan a montré qu'un catalyseur (une substance qui accélère une réaction sans être consommée) peut donner un résultat meilleur que ce qu'on attendait. Selon Chemistry World, il a constaté que l'excès d'une forme dans le produit final peut dépasser l'excès présent dans le catalyseur lui-même. Autrement dit, un catalyseur imparfait peut produire un produit très pur. C'est l'« effet non linéaire ».

Ce que Soai a découvert

Kenso Soai a décrit au milieu des années 1990 une réaction « autocatalytique » : le produit formé aide lui-même à fabriquer davantage de la même forme. Un tout petit déséquilibre de départ entre les deux formes est alors amplifié jusqu'à ce qu'une seule domine presque entièrement. Chemistry World rapporte que des variantes ultérieures ont atteint une amplification d'un facteur 630 000. Cette réaction éclaire aussi une grande énigme scientifique : comment la vie a pu devenir « d'une seule main », les molécules du vivant n'existant presque qu'en une seule forme.

Pourquoi cela compte pour la pharmacie

À la tête de la Société américaine de chimie, Rigoberto Hernandez déclare que les médicaments actuels « ne seraient pas possibles sans cette chimie » (propos rapportés par NPR). Les deux découvertes aident les chimistes à concevoir des procédés qui fabriquent la bonne forme d'une molécule plutôt que de devoir la trier ensuite.

Il s'agit d'une récompense pour des travaux fondamentaux, anciens de plusieurs décennies : elle n'annonce ni un nouveau médicament ni une autorisation. Elle rappelle surtout que derrière chaque boîte délivrée à l'officine, la forme exacte de la molécule a été pensée et contrôlée.

Sources

La rédaction d'Officinarium.

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