Hypertension : 6 malades sur 10 l'ignorent, selon une étude géante
Menée sur 1,4 million d'adultes en Angleterre, une étude montre que 59 % des hypertendus s'ignorent et que la moitié des patients traités ne sont pas équilibrés.
L'hypertension artérielle, c'est-à-dire une pression du sang trop forte dans les artères, est souvent appelée « tueur silencieux » : elle ne fait pas mal mais abîme peu à peu le cœur, le cerveau et les reins. Une étude d'une ampleur rare, menée sur 1,4 million d'adultes en Angleterre, rappelle à quel point elle passe inaperçue : près de six personnes hypertendues sur dix ne le savaient pas.
Une photographie de 1,4 million d'adultes
Les travaux ont été publiés en septembre 2026 dans la revue BMJ Public Health par des chercheurs d'Oxford Population Health, un département de l'université d'Oxford, au Royaume-Uni. Ils s'appuient sur Our Future Health, le plus grand programme de recherche en santé du pays : entre 2022 et 2025, les participants ont fait mesurer leur tension dans plus de 200 centres d'inscription.
Les chercheurs ont retenu la définition de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : une pression systolique (le chiffre du haut) d'au moins 140 mmHg, une pression diastolique (le chiffre du bas) d'au moins 90 mmHg, ou la prise d'un médicament contre l'hypertension.
Les principaux résultats
• 37,2 % des participants étaient hypertendus. • Les hommes sont plus touchés que les femmes : 41,9 % contre 28,6 %, à âge comparable. • La fréquence grimpe avec l'âge : de 23 % à 73 % chez les hommes et de 10 % à 69 % chez les femmes, entre les 18-39 ans et les 80 ans et plus. • 58,8 % des personnes hypertendues n'avaient jamais été diagnostiquées. • Parmi les patients traités, 50,2 % gardaient une tension égale ou supérieure à 140/90 mmHg.
Pour Wenyu Liu, statisticien et premier auteur, l'approche actuelle du dépistage et du traitement « n'est pas adaptée ». L'équipe plaide pour une prévention à l'échelle de toute la population, en plus du suivi ciblé des personnes à haut risque cardiovasculaire.
L'étude a ses limites : il s'agit d'une photographie à un instant donné, fondée sur les mesures prises lors de l'inscription. En pratique, un diagnostic d'hypertension repose sur des mesures répétées, à plusieurs occasions.
Et au Maroc ?
Le problème est loin d'être propre à l'Angleterre. Selon l'enquête nationale STEPS de 2018 sur les facteurs de risque des maladies non transmissibles, citée par le portail Sehati du ministère de la Santé, l'hypertension touche 29,3 % des Marocains de 18 ans et plus, et 69,3 % des plus de 70 ans. C'est le premier facteur de risque des maladies cardiovasculaires.
La bonne nouvelle est que l'hypertension se dépiste très simplement, avec un brassard, en quelques minutes. La pharmacie d'officine, ouverte sans rendez-vous, est un lieu naturel pour une première mesure et pour orienter vers le médecin en cas de chiffres élevés. Pour les patients déjà traités, l'étude rappelle l'importance de prendre son traitement chaque jour et de contrôler régulièrement sa tension, car un médicament mal suivi ne protège qu'en partie.
Sources
- BMJ Public Health — Hypertension prevalence, detection, treatment and control among 1.4 million adults in England (23/09/2026)
- ScienceDaily — Communiqué de l'Université d'Oxford sur l'hypertension non diagnostiquée (02/10/2026)
- Sehati (ministère de la Santé et de la Protection sociale) — Hypertension artérielle (HTA)