Glaucome : un drainage caché de l'œil découvert, piste de traitements
Des chercheurs canadiens ont identifié chez la souris une voie lymphatique qui évacue le liquide du fond de l'œil, une piste pour mieux comprendre le glaucome et la DMLA.
L'œil possède un système d'évacuation que les scientifiques ne connaissaient pas. Des chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique et de l'Université de Toronto, au Canada, viennent de décrire chez la souris une voie qui draine liquide et déchets depuis l'arrière de l'œil vers le système lymphatique, le réseau de vaisseaux qui nettoie les tissus du corps. Leurs travaux, publiés le 11 octobre 2026 dans la revue Translational Vision Science & Technology, pourraient à terme éclairer deux maladies fréquentes : le glaucome et la DMLA.
Une voie jusque-là inconnue
Cette voie, décrite comme « jusque-là inconnue » par les auteurs, concerne l'arrière de l'œil. L'équipe, dont le Dr Neeru Gupta (Université de la Colombie-Britannique) et la Dre Yeni Yücel (Université de Toronto), a mis en évidence ce qu'elle nomme la voie POLO (posterior ocular lymphatic outflow, soit « drainage lymphatique postérieur de l'œil »). Elle passe par des vaisseaux lymphatiques situés dans la choroïde, la couche riche en vaisseaux sanguins qui nourrit la rétine, puis rejoint le système lymphatique du corps.
Pour la visualiser, les chercheurs ont suivi des traceurs fluorescents : chez la souris, ils ont atteint les ganglions lymphatiques voisins en quelques minutes, ce qui montre un drainage actif.
Pourquoi cela intéresse les pharmaciens
Le glaucome est une maladie du nerf optique, souvent liée à une pression trop élevée dans l'œil, qui peut mener à la cécité. La DMLA, la dégénérescence maculaire liée à l'âge, abîme la partie centrale de la rétine et touche surtout les personnes âgées. Dans les deux cas, du liquide et des déchets s'accumulent au fond de l'œil. Comprendre comment ils s'évacuent normalement pourrait un jour permettre de concevoir des traitements qui agissent sur ce drainage. Aujourd'hui, les collyres (gouttes pour les yeux) utilisés contre le glaucome visent surtout à baisser la pression à l'avant de l'œil.
Des limites importantes
Il s'agit d'une découverte fondamentale, réalisée uniquement chez la souris. Les auteurs soulignent que des études supplémentaires sont nécessaires pour établir si cette voie existe et fonctionne de la même manière chez l'humain. Il faut aussi déterminer si un défaut de drainage provoque la maladie, ou en est une conséquence, et si l'on pourrait modifier cette voie sans danger.
Aucun médicament ni test n'en découle pour l'instant. Mais cette découverte ouvre un nouveau chapitre de l'anatomie de l'œil, et donc de nouvelles pistes de recherche contre des maladies qui menacent la vue de millions de personnes.