Alzheimer : retirer les plaques amyloïdes freine la protéine tau
Chez un patient traité par aducanumab, les zones du cerveau débarrassées de plaques amyloïdes contenaient très peu de tau. Un cas unique, publié dans JAMA.
Faire disparaître les plaques amyloïdes du cerveau pourrait limiter l'accumulation d'une autre protéine toxique, la protéine tau, dans la maladie d'Alzheimer. C'est ce que suggère l'examen du cerveau d'un patient décédé, décrit par l'Université de Pennsylvanie (Penn Medicine) dans la revue JAMA le 15 octobre 2026.
Dans la maladie d'Alzheimer, deux anomalies s'accumulent : les plaques amyloïdes, des amas de protéine bêta-amyloïde entre les neurones, et les enchevêtrements de protéine tau à l'intérieur des neurones. Ces derniers sont les mieux liés au déclin de la mémoire.
Un cas rare, presque une expérience naturelle
Le patient était un homme d'une cinquantaine d'années au moment du diagnostic de trouble cognitif léger dû à la maladie d'Alzheimer. Il avait participé à un essai clinique et reçu 30 doses d'aducanumab, un anticorps qui fixe et aide à éliminer l'amyloïde, sur 4,5 ans. Il est décédé environ 4 ans après la fin du traitement, plus de dix ans après les premiers symptômes.
L'examen de son cerveau a montré un contraste net. Certaines zones, les crêtes des replis du cerveau, avaient perdu presque toutes leurs plaques et contenaient très peu de tau. Les zones voisines, au fond des sillons, avaient gardé beaucoup d'amyloïde. Elles présentaient nettement plus d'enchevêtrements de tau, d'inflammation et de dégénérescence.
Les auteurs, dont Christopher A. Brown et David Wolk, parlent d'un cas où le médicament a nettoyé certaines régions et pas d'autres, ce qui permet de comparer des tissus voisins. Pour David Wolk, ce sont parmi les preuves humaines les plus claires que les traitements anti-amyloïde peuvent limiter l'accumulation de tau.
Des limites importantes
• L'étude porte sur une seule personne : elle ne prouve pas une relation de cause à effet. • Elle ne dit pas quelle quantité d'amyloïde il faut retirer pour obtenir un effet protecteur. • L'hypothèse selon laquelle un traitement très précoce, avant que le tau ne se répande, serait plus utile reste à confirmer par des essais.
Où en sont les traitements
L'aducanumab a été le premier médicament de ce type à recevoir une autorisation accélérée de la FDA, l'agence américaine du médicament, mais il n'est plus commercialisé. Deux autres anticorps, le lécanémab (Leqembi) et le donanemab (Kisunla), ont obtenu une autorisation complète de la FDA. Les sources consultées ne donnent pas leur disponibilité au Maroc.
Pour les professionnels de santé, ce travail renforce une idée : le moment du traitement compte, et le dépistage précoce des troubles de la mémoire prend de l'importance. Il ne change aucune pratique aujourd'hui, mais il éclaire le mécanisme de ces nouveaux médicaments.