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Innovations et découvertes

Antibiorésistance : des peptides de 160 millions d'années ressuscités

Des biologistes américains ont reconstitué d'anciennes versions d'un peptide antibactérien de la lactoferrine. Une piste pour concevoir de futurs anti-infectieux.

Antibiorésistance : des peptides de 160 millions d'années ressuscités
Janice Haney Carr, CDC — domaine public, via Wikimedia Commons

Et si l'histoire de l'évolution aidait à inventer les antibiotiques de demain ? Une équipe de l'université de l'Oregon (États-Unis) a « ressuscité » en laboratoire des protéines de mammifères disparus depuis des millions d'années pour comprendre comment est née l'une de nos défenses naturelles contre les bactéries. Ses travaux, publiés le 25 août 2026 dans la revue PLOS Biology, ont été largement relayés fin septembre.

La lactoferrine, une protéine aux multiples talents

La lactoferrine est présente dans la plupart des liquides biologiques, à l'exception du sang : lait maternel, larmes, salive ou mucus intestinal. Son rôle principal est de priver les microbes du fer dont ils ont besoin. Mais elle cache aussi, dans sa structure, un fragment antimicrobien appelé lactoferricine, capable d'endommager la membrane des bactéries.

Les chercheurs, menés par le doctorant Titas Sil et le biologiste de l'évolution Matthew Barber, se sont demandé comment ce petit peptide avait acquis son pouvoir antibactérien.

Remonter l'arbre du vivant

L'équipe a utilisé la reconstruction de séquences ancestrales. À partir des gènes de mammifères actuels, comme l'homme ou la vache, des méthodes statistiques permettent d'estimer la séquence qu'avait la protéine chez leurs ancêtres communs, jusqu'aux premiers mammifères, il y a environ 160 millions d'années. Les chercheurs ont ensuite synthétisé ces gènes et fait produire les protéines disparues par des cellules.

Les peptides ont été testés contre plusieurs bactéries pathogènes majeures, dont Pseudomonas aeruginosa, Staphylococcus aureus, Escherichia coli et des streptocoques.

Ce que révèlent les résultats

Au fil de l'évolution, le domaine lactoferricine s'est enrichi en acides aminés chargés positivement et hydrophobes. Les versions les plus anciennes parvenaient déjà à perforer la membrane bactérienne, sans suffire à tuer les microbes. Les versions plus récentes se sont montrées progressivement plus puissantes, certaines surpassant même la forme humaine actuelle, selon le communiqué de l'université.

Les chercheurs ont surtout identifié une position clé qui a évolué rapidement chez les grands singes : un seul changement d'acide aminé à cet endroit augmente nettement l'activité contre des bactéries pathogènes importantes. De petites modifications peuvent donc avoir de grands effets.

Un stade encore très précoce

Ces travaux relèvent de la recherche fondamentale, menée uniquement en laboratoire, sans essai chez l'animal ni chez l'homme. Les auteurs soulignent eux-mêmes les limites : comparés aux antibiotiques classiques, ces peptides sont peu stables et rapidement dégradés dans l'organisme. Ils ne deviendront donc pas des médicaments à court terme, et les bactéries pourraient, là aussi, développer des résistances.

L'intérêt est ailleurs : comprendre comment la nature a optimisé ces molécules pourrait guider la conception de nouveaux traitements et de combinaisons capables de limiter l'apparition des résistances. Une perspective précieuse face à l'antibiorésistance, qui rend chaque jour certaines infections plus difficiles à soigner, et qui rappelle l'importance, au comptoir, du bon usage des antibiotiques existants.

Sources

La rédaction d'Officinarium.

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